3) L'empire

La légende du Prince CHARS


Cette histoire se raconte au sein de l’académie de magie, d'étudiant en étudiant, de bouche à oreille et de classe en classe depuis des temps lointains et inconnus. Aucun élève ne sait réellement si elle est vraie et tous les professeurs s'accordent à éviter de répondre à ce sujet. Pour les plus jeunes il ne s'agit que d'une histoire et d'une mise en garde. Mais les plus âgés savent qu'elle renferme une vérité bien pire que ce qu'ils peuvent imaginer.

Tout ceci commence avec une mystérieuse jeune femme :

  • Gwendoline VERT-REGARD...
  • La prof d'illusion? Celle qui veut se taper tous les élèves qu'elle voit? On a dit une histoire d'horreur, pas de cul!
  • Ha typique des nouveaux. Tu ferais mieux d'écouter la suite si tu ne veux pas faire la plus grosse erreur de ta vie.
  • ...
  • Gwendoline VERT-REGARD, disais-je, était alors la toute dernière arrivée dans l'équipe des enseignants de l'académie.

...

Elle avait été recrutée après plusieurs années d'aventures pour nous enseigner la magie des illusions bien qu'elle fût encore très jeune. Une grande partie de ses élèves étaient plus âgés qu'elle et son regard profond et ses charmes puissants ne manquaient pas d'attirer sur elle des convoitises. Bien qu'elle fût déjà ouverte sur la chose à l'époque, certains tentèrent d'insister frisant parfois avec de dangereuses limites. Jusqu'au jour où l’un de ses élèves franchit la ligne.

Armant Chars était un homme sûr de lui, arrogant, violent et particulièrement charismatique. Issu de haute noblesse il était autant détesté qu'adulé et était surnommé "Le Prince". Toujours entouré de sa cour, il se vantait de pouvoir passer chacune de ses nuits dans les bras d'une conquête différente quelle qu'elle soit.
Celles qui ne se jetaient pas sur l'occasion pour tenter d'obtenir ses faveurs finissaient par accepter sous la menace des répercussions sur leur proches. Rien ne semblait pouvoir arrêter son ascension, les élèves étant trop terrifiés pour aller chercher de l'aide chez les professeurs.

Armant n'en avait jamais assez. Chaque courtisan ne l'ennuyait que davantage, chaque victime devait plus souffrir, chaque jeu devait être plus cruel et chaque proie plus appétissante. À ce sujet, Gwendoline était un nectar divin.

Un jour, alors que le pouvoir du Prince ne souffrait d'aucune barrière il se présenta au cours de la belle VERT-REGARD et alors que celui-ci commençait, se leva doucement, s'avança avec confiance vers le bureau et se fit rejoindre de toute la classe d'un claquement de doigts. Gwendoline se tourna nonchalamment vers Armant et lui soutint le regard pendant un instant qui paraissait interminable. Alors que nul n'osait respirer une bataille intense se déroulait. Le tyran inarrêtable opposait sa totale assurance et son plus profond mépris à celui de sa victime sans défense... 

Vraiment? L'assurance qu'il voyait dans ses yeux n'était-elle que le reflet de son propre regard dans cette émeraude? Lui qui ne venait dans cette pièce austère avec ses gants de soie que pour chérir ces joyaux comme il se doit, pouvait-il seulement ressentir un pareil dégoût de leur part? Quelles étaient ces pierres insignifiantes pour le toiser ainsi, pour oser chasser sa suffisance, son pouvoir et son nom?

Sans ces armes il était nu et fragile. De prédateur inarrêtable il devenait une proie, fragile et ridicule.
La peur puis la haine remplacèrent peu à peu le désir dans ses yeux et alors que sa jeune enseignante brisait en quelques secondes les certitudes de toute sa vie, il brisa le silence et l'immobilité de la scène pour asséner un violent coup à la joue de son adversaire. Il sortit aussitôt de la pièce, tentant de maintenir son allure altière tout en se tenant aux murs glacés de l'académie.

Dès qu'il ne fut plus dans la salle, le temps sembla reprendre son cours et les élèves se précipitèrent autour de leur professeur la soignant de leur mieux. Dans les jours qui suivirent le Prince disparut. Durant plusieurs semaines des hurlements inhumains pouvaient être entendus, provenant des plus profonds souterrains parcourant les zones sombres et interdites de l'académie.

Des quelques étudiants inconscients qui se sont aventurés dans ces galeries et en sont revenus, on a entendu d'horribles histoires parlant d'une créature sanglotante et hurlante tapie à l'affût dans les ombres, se jetant sur ses victimes et apportant d'horribles visions à ceux qui la voient. Il est dit que ceux qui se font attraper meurent instantanément et que leur cadavre est bercé par le monstre durant des jours avant d'être dévoré.

Le Prince CHARS rôde encore sous nos pieds, contraint à un destin plus cruel encore que la mort pour l'éternité. Souvenez-vous de lui la prochaine fois que Gwendoline VERT-REGARD portera ses yeux sur vous et donnez à ces joyaux tout le respect qu'ils méritent.